Les sommeliers fous!

Les finalistes du concours Meilleur Sommelier du Québec 2017

Un samedi pluvieux, après avoir visionné les derniers épisodes de House of Cards, vous avez regardé sur Netflix le documentaire Somm : in the bottle, et vous vous êtes dits : ils sont fous, ces Américains! Vous n’avez peut-être pas tout à fait tort, mais en matière de sommellerie, la folie n’est pas le monopole d’un seul pays. Des sommeliers du monde entier choisissent en effet de se lancer dans des défis déments qui, pendant plusieurs années, aspireront leur vie et leurs pensées, sept jours sur sept, jours et nuits. L’objectif, qui semble dérisoire, est d’apposer quelques lettres derrière son nom : MS, MW, MSM. J’aimerais témoigner ici de quelques personnes qui ont atteint ces firmaments de la sommellerie, et vous parler de leurs motivations réelles et donc, de leur folie.

Le meilleur sommelier du Québec à la conquête du monde

 Le parcours d’un sommelier québécois qui souhaite devenir meilleur sommelier du monde (MSM) commence nécessairement par une victoire au concours provincial, qui se tient tous les trois ans, puis au concours national, l’année qui suit.  Pour accéder à l’étape suivante et rejoindre en compétition les 60 meilleurs sommeliers du monde, il ou elle aura deux possibilités : soit remporter la sélection qui désignera le représentant du Canada, soit remporter le concours continental du meilleur sommelier des Amériques.

Le premier pas : le 1er mai 2017, 19 sommeliers et sommelières se sont réunis à Montréal pour tenter de passer les étapes qui mènent au titre de meilleur sommelier du Québec. Ce titre décerné par l’ACSP (Association canadienne des sommeliers professionnels) est le seul reconnu par l’ASI (Association de la sommellerie internationale). Le 31 mai au soir aura lieu la grande finale. Deux sommeliers et une sommelière s’affronteront devant un large public et de nombreux médias réunis au Casino de Montréal. Au programme : des questionnaires écrits complexes, entrecoupés d’épreuves pratiques et de mises en situation variées, le tout chronométré et filmé par des équipes de tournage. Un seul sera le nouveau meilleur sommelier du Québec, comme l’ont été avant François Chartier, Élyse Lambert ou Véronique Rivest. Le vainqueur aura le droit d’affronter les champions des autres provinces au concours du Best Sommelier of Canada/Meilleur sommelier du Canada, du 3 au 5 septembre 2017 au Rogers Arena de Vancouver. Mais il devra le faire dans sa langue seconde, comme tous les autres candidats des grands concours de l’ASI.

Et si notre Québécois gagne cette nouvelle étape, il aura moins d’un an pour se préparer à sa première compétition internationale, qui se déroulera chez lui, à Montréal plus précisément, en juin 2018. Ce sera la 4e édition du concours du Meilleur sommelier des Amériques APAS (Association panaméricaine des sommeliers, rattachée à l’ASI, et dont fait partie le Canada). Cette fois, le jury et les figurants des différentes épreuves seront pour la plupart des meilleurs sommeliers du monde, venus au Québec pour l’occasion. Des centaines de personnalités du vin et d’amateurs passionnés prendront également part à une semaine d’activités, de dégustations et de conférences, de sortie et de découvertes vineuses de toutes sortes. Les épreuves du concours mèneront à la grande finale, qui rassemblera sur une scène les trois meilleurs sommeliers des Amériques pour un ultime affrontement. L’Argentine a pris le titre au Canada en 2015, grâce à la prestation de Paz Levinson, qui officie à Paris ces dernières années, au Bristol, à l’Auberge Saint-Simon et maintenant chez Virtus, rue de Crozatier dans le 12e arrondissement.

Pour notre nouveau champion québécois, la route pourrait ne pas s’arrêter là. Une réussite au concours du Meilleur sommelier du Canada, puis à la sélection canadienne (si elle a lieu) ou une victoire au Meilleur sommelier des Amériques, lui donnera un ticket pour la plus grande compétition mondiale : le prestigieux concours du meilleur sommelier du monde (MSM), dont la 50e édition se tiendra à Anvers en Belgique flamande, au printemps 2019.

Les meilleurs sommeliers du monde

Ma première expérience de ce concours date de l’an 2000, à Montréal. J’avais tout juste 30 ans et je venais de décider de passer de responsable des achats de vins à sommelier « de plancher ». J’ai suivi avec éblouissement cet événement unique et j’ai fait plusieurs rencontres marquantes. La première est celle d’un sommelier québécois, qui est devenu depuis peu mon collègue professeur, enseignant la sommellerie à l’École hôtelière de Laval (au Québec, pas en France!). Son nom est Alain Bélanger. Alain avait tout laissé de côté pour s’entraîner pendant deux années complètes. Il m’a impressionné par sa détermination. Il a réussi à prendre la 3e place du podium mondial, comme l’avait fait François Chartier quelques années plus tôt. Celui qui est monté sur la plus haute marche du podium s’appelle Olivier Poussier, un Français, le dernier à avoir gagné le titre pour son pays. Mais quelle classe! Je l’ai vu passer les épreuves avec aisance dans la formalité, expertise et rapidité. C’était lui que l’on voulait comme sommelier au restaurant, la décision du jury était facile, évidente. Aujourd’hui encore, je lis avec plaisir ses articles dans la Revue du Vin de France, qu’il rédige avec toujours la même élégante rigueur. J’ai ressenti cette évidence lors de deux autres finales mondiales que j’ai également suivies avec passion. Celle de 2010 d’abord, qui a sacré un sommelier atypique, touchant et génial : Gérard Basset. J’ai eu la chance de rencontrer Gérard à plusieurs occasions et à chaque fois, autant ses propos que son personnage de moustachu affable m’ont conquis. Malgré des réussites inégalées à la fois dans les concours de l’ASI, ceux des Courts of Master Sommelier et des Master of Wines, Gérard Basset reste ce passionné de football (soccer), chef d’entreprise avisé et respecté, et surtout sommelier qui reste réellement au service de ceux qui boivent le vin, aussi attentif à leurs goûts et aspirations, qu’ils soient riches ou moins fortunés, qu’ils soient débutants ou experts.

Après Gérard Basset, il faut dire quelques mots de celle qui a fait vibrer le Canada en 2013 : Véronique Rivest. Seule femme et seule canadienne à être arrivée à ce jour sur la 2e marche du podium et aujourd’hui propriétaire du bar à vin Soif, sympathique restaurant tapissé de cartes de vignobles, rue Montcalm à Gatineau, en face de la capitale canadienne. Véronique est une bonne vivante, et il semble que la vie monastique d’une candidate de concours internationaux est maintenant pour elle chose du passé. J’ai parlé de Paz Levinson, arrivée 4e au dernier concours mondial chez elle, à Mendoza. La 5e de ce concours était Élyse Lambert, l’autre sommelière canadienne connue par sa détermination dans les concours.

D’après mon expérience personnelle, je suis arrivé à la conviction que le talent n’est rien à côté du travail et la ténacité. En la matière, pendant sa préparation au dernier concours mondial, Élyse Lambert s’est montrée plus que déterminée. Même vis-à-vis d’elle-même, elle semble intraitable, sans état d’âme. Je lui souhaite bon succès si elle continue les concours et je pense, comme le prouve sa réussite avec le titre de Master Sommelier, qu’elle a toutes les chances de monter sur la plus haute marche du plus grand concours de l’ASI.

Le vainqueur du concours mondial 2016 est Arvid Rosengren. Un Suédois de naissance, travaillant à New York, au restaurant Charlie Bird, bistrot de luxe dans Manhattan.

Je connais à peine Arvid, mais comme avec Gérard Basset, la communication est simple et facile avec lui. Lors de la finale, tout lui semblait naturel. Il est jeune, et la pression sur lui n’est pas encore écrasante. La sommellerie de plancher (de restaurant) est pour lui, encore aujourd’hui, l’essentiel de son occupation, même s’il possède aussi une entreprise de consultation qui connaît un grand succès. Quand il est sur scène, on voit un sommelier qui aime son métier et qui s’amuse et virevolte pour dépasser les attentes de ses clients sans avoir l’air d’être une bête à concours.

La finale du concours du meilleur sommelier du Québec le 31 mai au Casino de Montréal

Pour terminer ce billet, j’aimerais revenir sur la prochaine échéance qui arrive bientôt au Québec. Qui sont les trois sommeliers sélectionnés pour la grande finale du concours du meilleur sommelier du Québec le 31 mai 2017? Sont-ils aussi bons que leurs illustres prédécesseurs? Vous pourrez le juger par vous-même en assistant au repas de gala qui se tiendra au Casino de Montréal, où vous pourrez suivre les épreuves en direct et goûter les mêmes vins que les candidats.

En attendant, voici quelques éléments de leur parcours que je peux partager avec vous :

  1. Mylène Poisson. Entraînée de façon assidue par son conjoint, Carl Villeneuve Lepage (tenant du titre du Meilleur sommelier du Québec et Advanced Certificate de la Court of Master Sommeliers), Mylène a déjà un bon avantage. Ajoutons qu’elle a aussi son propre bagage déjà très convaincant : diplômée en service et en sommellerie à l’ITHQ (ASP et ASM), elle a également un certificat en œnologie de l’Université du Vin de Suze-la-Rousse en France et quelques expériences en viticulture et en vinification, le WSET3 et les premiers niveaux de la Court of Master Sommeliers, des expériences prolongées à l’Hostellerie de Plaisance à Saint-Émilion (deux étoiles au Michelin), chez Jonah’s en Australie près de Sydney, au Meadowood à St Helena, Napa, Californie (trois étoiles au Michelin), puis chez Gérard Basset dont j’ai parlé plus tôt, dans le sud de l’Angleterre. Elle est aujourd’hui et depuis presque 4 ans, sommelière à la Maison Boulud, au Ritz de Montréal.

 

  1. Pier-Alexis Soulière (à droitesur la photo en haut de page). Diplômé en sommellerie de l’École de la Capitale, puis de l’ITHQ en Analyse sensorielle des vins du monde, il continue à Suze-la-Rousse pour obtenir le diplôme de sommelier-conseil, puis s’installe à Londres pour travailler dans le groupe du célèbre chef Heston Blumenthal. Pendant cette période, il passe les quatre niveaux de la WSET en un temps record. En 2014, il remporte le concours international Jeunes sommeliers, organisé par la Chaîne des Rôtisseurs à Copenhague, au Danemark. Il se lance simultanément dans les niveaux de la Court of Master Sommeliers et devient en 2016 le deuxième Québécois à obtenir les deux lettres MS, un an après Élyse Lambert. Cette année-là dans le monde, seulement quatre autres sommeliers ont obtenu cette distinction. Avec des expériences à Montréal (La Chronique), à New York et en Australie au restaurant Merivale de Sydney, il est aujourd’hui sommelier à Manresa, près de San Francisco (trois étoiles au Michelin) avec un autre MS de 2016, Jim Rollston.

 

  1. Joris Guttierez-Garcia (à gauche sur la photo en haut de page). Diplômé de l’ITHQ en sommellerie et Certified Sommelier de la Court of Master Sommelier, Joris est un des sommeliers les plus en vue de Montréal. En 2013, il est le gagnant du Challenge étudiants Vins du Portugal, qui faisait s’affronter les meilleurs étudiants de six écoles hôtelières du Québec sur les vins lusitaniens. Il a travaillé pour plusieurs restaurants, dont le Pied de Cochon de Martin Picard et il est aujourd’hui sommelier au restaurant le Filet.

 

Que le meilleur gagne!

Écrit par
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1 Comment

  • Billet fort intéressant. Très impatient d’assister à la finale de cette semaine et de suivre le parcours de nos stars de la sommelerie québécoise. Je m’attends à une finale chaudement disputée.

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