Les vins d’Italie – grandes maisons de grande qualité

« Vouloir être de son temps, c’est déjà être dépassé. » Eugène Ionesco

 L’Italie est l’autre patrie des grands vins, du point de vue de la réputation et de l’héritage historique. Au Québec, on reconnaît depuis longtemps les mérites de cette immense nation vinicole. Parmi les régions incontournables et les appellations classiques, on cite presque immanquablement : le Piémont (Barbaresco, Barolo), la Toscane (Chianti Classico, Brunello di Montalcino) et la Vénétie (Valpolicella, Amarone).

Pourtant, comme en France, la tendance depuis une vingtaine d’années est de se passionner pour des régions plus éloignées, des cépages moins connus et des modes de fabrication nouveaux (quoique souvent inspirés de l’ancien temps). Je pense au Frioul et à la Sicile, et à la vogue des vins orange et des élevages en amphores, entre autres. Ce sujet est fort intéressant, mais comme disait Ionesco, « vouloir être de son temps, c’est déjà être dépassé », donc je ne vous en parlerai pas, en tous les cas pas cette fois.

 

Le vin est un produit humain, et sans humains, les vins ne goûtent rien 

Dans le monde du vin, on aime la technologie, et chaque chroniqueur a un MacBook Air, un iPad ou un iPhone, et parfois les trois. On aime la technologie, mais pas dans le vin. On le préfère naturel, on aime les petits domaines, familiaux si possible, garantissant des pratiques biologiques, biodynamiques si possible, avec le minimum de moyens. Pour certains professionnels, ce sont des prérequis obligatoires pour commencer à s’intéresser à une production vinicole. Je suis bien d’accord que de grandes marques de production de masse, pensées par des directeurs marketing pour des segments de marché précis, fabriquées par des employés suivant des recettes précises, manquent souvent de caractère, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais tous les grands vignobles, toutes les sociétés vinicoles importantes ne sont pas à mettre dans le même bain. Il y a beaucoup de belles choses à aller y chercher.

 

Des poulets et un mouton

Quelles sont ces grandes entreprises produisant ces vins de qualité? Avant d’aller en Italie, je pourrais parler du Baron Philippe de Rothschild, à Bordeaux, qui met chaque année 12 millions de bouteilles de Mouton-Cadet sur le marché (http://www.bpdr.com/les-vins-de-marques/bordeaux). Le premier réflexe de l’amateur de vins est d’être dégoûté par la quantité produite, similaire à celle des poulets d’usine élevés aux hormones et aux antibiotiques. Pourtant, comme le poulet une fois rôti peut se révéler très savoureux, le Mouton-Cadet surprend depuis des années les dégustateurs à l’aveugle, pour seulement 15,65 $ à la SAQ. Certes, on ne retrouve pas la sensibilité d’un être humain dans ce vin. Mais c’est un bon vin, à moins de 20 $. Un vin qui exprime la sensibilité d’un être humain, à ce prix-là, n’est pas bon, enfin rarement. Donc il faut choisir : du poulet de grain biologique, élevé en plein air avec l’amour d’une jolie fermière à 30 $, ou un poulet de batterie à 8 $. Méfiez-vous du poulet des jolies fermières (sur l’étiquette) à 8 $.

La champagne produit aussi en masse. Moët-et-Chandon produit 26 millions de bouteilles par an, Veuve Clicquot, 22 millions. Malgré ces chiffres impressionnants, ces vins sont considérés comme excellents et se vendent comme des petits pains à plus de 65 $ la bouteille au Québec.

Tout ce préambule pour en venir au fait que le volume peut produire de la qualité, et que de grands groupes peuvent proposer à la fois des produits de qualité constante à bas prix et des vins plus haut de gamme de grande qualité.

Les grands groupes ne sont pas tous égaux. Ils ont leurs forces et leurs faiblesses, connaissent de vraies réussites et, parfois, de grandes faiblesses, qu’ils tentent de camoufler, exactement comme les petits domaines vinicoles. Il n’y a donc pas autant de différences qu’on le penserait, et cela vaut la peine de se pencher sur plusieurs grands noms italiens.

 

Frescobaldi

Commençons par la Toscane. Les trois régions du vin les plus connues dans le monde sont : Bordeaux, la Champagne et Chianti. Les familles toscanes du vin sont très anciennes. Celle des Frescobaldi remonte au XIIe siècle. Elle était dans le commerce de la laine, puis dans la banque en fournissant des trésoriers à la couronne anglaise, et enfin dans le vin. Pour la petite histoire, racontée par Lamberto Frescobaldi, l’actuel marquis et propriétaire du groupe de passage à Montréal cet automne, la famille prêtait de l’argent aux nobles et aux papes et recevait en échange, en guise d’intérêts, des terres. Or sur ces terres, se trouvaient des vignes…

En 1252, les Frescobaldi font construire le pont Santa Trinita, sur l’Arno, pour relier leur quartier moins réputé à l’époque au centre-ville de Florence.

Dès 1855, des cépages français sont plantés sur certaines parcelles : cabernet-sauvignon, merlot, pinot noir et chardonnay.

En 2017, c’est une des 30 plus grandes entreprises italiennes, la seule qui soit dans l’agriculture. Le groupe possède six domaines viticoles en Toscane, des restaurants et une huile d’olive de qualité. C’est la maison phare de la région du Chianti Rufina et de l’appellation Pomino, mais les grands vins qu’elle produit dans la région de Montalcino au sud de Sienne sont, à mon sens, simplement incontournables.

Leonia Pomino Brut – Metodo Classico 2014 – 44,95 $ IP (Galleon)

15 % de pinot et le reste de chardonnay. Une superbe méthode traditionnelle de Toscane. Les bulles sont extra-fines. Le nez est riche sur la brioche et le pain grillé, la baguette fraîchement sortie du four. Nerveux, longue finale sur le citron et la pomme verte.

Brunello di Montalcino, Castelgiocondo 2010 – 150 $ le coffret de deux bouteilles

Millésime plus frais, mais avec une belle arrière-saison et une vendange retardée de quelques semaines. Un des grands Brunellos classiques. Selon moi, un délice et un « must-have » dans la cave de chaque amateur de vins fins.

Grenat pâle. Complexe : tabac, cèdre et cacao, fruits rouges mûrs (prune) et une pointe de fleurs. Maturité et longueur étourdissante. Un modèle de force et d’élégance.

Toscana IGP, Castelgiocondo  Lamaione 2012 – 79,75 $ pour le 2013

100 % merlot. Le super Toscan de la maison Frescobaldi, qui redonne goût au merlot, après le film Sideways.

Rubis soutenu. Boisé (cèdre), cassis, prune, épices douces et réglisse noire, déjà des signes de maturité avec ses arômes de sous-bois et de champignons sauvages. Puissant et tannique, longue finale sur le bois neuf, mais tout en élégance grâce à l’expression du fruit. Déjà très plaisant, mais pourra vieillir encore au moins 15 années de plus.

Brunello di Montalcino riserva, Ripe al Convento di Castelgiocondo 2010 – 130 $

Vin exceptionnel, seulement produit les meilleures années.

Rubis à reflets grenat. Riche et vif. Immense structure tannique qui permettra à ce vin de passer quelques décennies sans prendre une ride, et longue finale mêlant des notes animales et de fruits rouges (canneberge, cerise). Un vin énorme qui est encore trop jeune pour révéler tout son potentiel.

 

Fontanafredda

Nous voici maintenant dans le Piémont, dans le royaume du cépage nebbiolo.

Ancienne maison du roi d’Italie, le vignoble regroupe 162 hectares dans l’appellation Barolo. Le domaine a la capacité exceptionnelle de produire à la fois un excellent Barolo d’entrée de gamme et toute une série de grandes cuvées prestigieuses.

Un domaine souvent sous-estimé, qui est certainement un des premiers à avoir dépassé la vieille querelle entre les approches traditionnelles et modernes, entre prenant le meilleur des deux côtés de façon convaincante.

Fontanafredda est une valeur sûre année après année. Les techniques de viticulture aujourd’hui s’alignent sur des principes de respect de l’environnement et sur l’utilisation très limitée du soufre, comme dans les meilleurs domaines vinicoles internationaux.

2017 – Jugée « Winery of the Year » par Wine Enthusiast

2013 et 2015 sont de grands millésimes en Piémont.

2014, en revanche, est un millésime très pluvieux, très difficile, dans tout le nord de l’Italie (mais plutôt réussi dans le sud).

Barolo Fontanafredda 2013 Code SAQ : 00020214    28,55 $

Grenat clair. Nez très mûr. Sur le fruit avec des arômes de fruits rouges et de fruits noirs. Très puissant. La structure imposante du nebbiolo est là. Ne pas hésiter à carafer une bonne heure, en prenant garde que le vin ne s’échauffe pas trop (18° maximum). Le vin idéal pour un magret de canard.

Barolo Serralunga d’Alba Fontanafredda 2012 – Code SAQ : 12578248  44,75 $

Vin issu de 50 microterroirs différents.

Grenat clair. Nez très floral, bouche imposante et longue finale à la fois fraîche et très tannique sur les notes de tabac et de cigare. Un vin de grande tenue, à faire attendre dans sa cave cinq ou six ans avant d’ouvrir une autre bouteille.

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