Système de notation d’un vin : pour la fin des prêts-à-penser

Depuis de nombreuses années, je suis ulcéré par les grilles de dégustation ultra normatives qui, plutôt que de libérer le dégustateur, l’enferment dans une représentation élaborée par autrui.

Toutefois, je me suis souvent rangé aux arguments, notamment de Romain Gruson, m’expliquant que les grilles de dégustation pouvaient permettre à plusieurs sommeliers d’échanger, de bien se comprendre.

Cela serait vraiment le cas si les marqueurs sensoriels étaient parfaitement étalonnés d’une école de sommellerie à l’autre, d’une région ou d’un pays à l’autre. Vous conviendrez avec moi qu’avec la meilleure volonté du monde, les chances d’aboutir à un tel résultat tendent vers… zéro.

De plus, j’ai aussi constaté, à travers mes dégustations dans les salons, à la propriété ou encore avec mes confrères agents, que plus un vin nous transporte, plus nous nous éloignons du grillage « nomenclaturé » pour ouvrir la porte d’une libre pensée, plus poétique, voire lyrique.

Bien que je sois persuadé que rien ne changera du côté de la pensée « fast food », tant les grilles que j’incrimine aujourd’hui ont été développées par des intérêts puissants au service de la mondialisation des goûts, je plaide tout de même pour que si nous utilisons les cases des écoles de pensées mâchées, nous soyons de plus en plus nombreux à exiger les variables suivantes dans les commentaires de dégustation :

  1. « D’où tu parles? » La réponse à cette vieille question soixante-huitarde en dit long sur le point de vue de celui qui partage son évaluation : chroniqueur, sommelier, particulier, œnologue, viticulteur, professeur, agent…
  2. La verrerie : par exemple, la marque ou le type de verre, la forme du verre, la finesse du buvant ayant des répercussions sur la rencontre avec le vin.
  3. Seul ou en compagnie : en référence à la « possible » (certaine) influence d’autrui.
  4. La température de dégustation : température de cave, de service ou au-delà.
  5. La pression atmosphérique : les vins ne réagissent pas, ou bien nous ne réagissons pas de la même manière lorsque le ciel est dégagé, ou lorsque le plafond nuageux est bas.
  6. Le cycle des marées ou lunaire, soit croissant ou descendant : les vins (80 % d’eau) sont en expansion ou en contraction.
  7. Qui paye les bouteilles ou le voyage viticole : faites-moi la grâce d’éviter de rentrer ici dans les détails.

Vous l’aurez compris, tous ces éléments et ceux que vous jugerez pertinent d’enlever ou d’ajouter, permettent de mieux apprécier la relativité de l’expérience sensorielle. Ils influent tous sur notre expérience émotionnelle. Et c’est cette dernière qui tient notre stylo, tout au moins, le mien!

 

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1 Comment

  • Il est très difficile d’être tout à fait indépendant d’esprit si on n’a pas acquis l’indépendance financière, ce qui n’est pas le lot de la majorité. Je ne dis pas que ceux et celles qui ne sont pas indépendants financièrement sont nécessairement biaisé(e)s, mais force est d’admettre qu’il est difficile de mordre la main qui vous nourrit!

    Il faut choisir pour qui l’on écrit (soi-même, le consommateur, le détaillant, le producteur, etc.), car nul ne peut servir deux maîtres à la fois.

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