La fin d’un cycle dans le monde agricole?

Chaque printemps, les hauteurs du Languedoc se parent du vert des feuilles de vigne. Malgré les nombreuses avancées de la viticulture biologique dans cette région, la jolie et abondante verdure vinicole existe grâce à l’apport, souvent massif, de produits chimiques. Cet apport intervient sous forme de fertilisants ou sous celle de produits dits phytosanitaires (pesticides et désherbants) faisant partie des biocides, c’est-à-dire des composés chimiques synthétisés pour tuer la vie.

Pour ou contre la chimie dans les vignes et le vin

Sans ces produits, les vignobles ont besoin de grandes quantités de fertilisants naturels ou doivent être désherbés à la main. Bien entendu, il existe bien d’autres méthodes. Mais peu importe la méthode. Pour le moment encore, le non-recours à la chimie augmente le coût de production de manière significative et, surtout, fait courir le risque de perdre toute une récolte, comme en 2016 dans certaines parties de la Bourgogne (à cause du gel de printemps, puis de la pluie et de la grêle). Or aujourd’hui, le prix moyen d’une bouteille de vin à la SAQ reste de 15,85 $. On peut trouver certains vins BIO à ce prix, mais c’est loin d’être le cas de la moyenne.

D’ailleurs, malgré l’avènement de l’agriculture biologique, les fermiers français restent les plus gros utilisateurs de produits chimiques en Europe, consommant de plus de 65 000 tonnes de pesticides par an. Mais ces mêmes fermiers et viticulteurs ont aujourd’hui du souci à se faire. En effet, il est plus que jamais dangereux de devenir surdépendant d’une seule entreprise pour l’obtention de pieds de vigne ou de produits chimiques. Or cela risque d’arriver à beaucoup de viticulteurs très bientôt, car les énormes fusions économiques s’accélèrent dans le monde, et la mise en place de monopoles de la chimie agricole par secteur est à présent presque réglée.

Fusions dans la chimie internationale

Par exemple, Bayer, le géant allemand,  a racheté le très controversé Américain Monsanto pour 66 milliards de dollars.  Chemchina a reçu le consentement de l’Union européenne pour l’acquisition de l’entreprise suisse Syngenta. Enfin, Dow Chemical et DuPont, respectivement numéros quatre et cinq mondiaux, fusionnement eux aussi afin de pouvoir faire face aux deux autres mégalodons.

Même le plus petit vigneron a intérêt à faire attention à cette série de mégarachats entre ces différents fournisseurs de produits chimiques. En effet, trois entreprises – contre six aujourd’hui – vont proposer 70 % du marché des pesticides. Ces fusions laissent donc présager une baisse de l’offre, l’augmentation directe des prix des produits chimiques, ainsi qu’une baisse de la pression liée à la création de nouveaux produits.

Conseil aux viticulteurs de la planète

En conclusion, chers producteurs de vin, peu importe où se situe votre site de production dans le monde, je vous recommande chaudement de potasser les différents guides de l’agriculture dite « raisonnée », caractérisée par une utilisation restreinte d’intervenants chimiques, ou de commencer à opérer votre conversion en agriculture, puis en vinification biologique.

Si vous ne le faites pas pour obtenir une meilleure qualité de vin, meilleure pour la santé de ceux qui le boivent, si vous ne le faites pas non plus pour tirer profit de  la tendance qui a prouvé son succès d’un point de vue marketing, vous ne le ferez sans doute pas non plus pour des raisons éthiques, parce que vous savez déjà que vos employés mangent des pesticides et du désherbant par tous les pores de la peau.

Cependant, il se peut fort que demain, pour des raisons économiques, vous soyez forcés de sortir pour de bon de la chimie, et que d’un coup, vous bénéficiiez de tous les avantages que cela peut vous apporter.

 

 

Écrit par
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