De l’homme à l’œnologue…

Première vendange à Gevrey-Chambertin! Source: Richard Bastien

Il me semblait essentiel dans ce premier billet de vous partager un minuscule aperçu de mes inspirations, de ma philosophie et de mon quotidien. Ceci tant pour bien comprendre le point de vue de mes écrits futurs, que pour faire tomber l’image stéréotypée de l’individu en blouse blanche parlant du vin comme d’une solution hydro-éthanolique d’acides organiques plus ou moins salifiés.

L’odeur de la terre

J’ai toujours connu l’odeur de la terre et de la cave. J’ai appris à marcher accroché aux fils de fer dans les rangs de vignes situés derrière le domaine familial de ma Bourgogne natale. Dès lors, j’ai toujours observé mes parents et grands-parents travailler ensemble, entre le vignoble, le chai, les clients et les amis, avec en récompense de ces journées interminables, ces longues tablées ornementées de bouteilles de vin. Entre le cultivateur, le scientifique et l’homme d’affaires, mon grand-père me fascinait. Tout comme j’étais admiratif devant le calendrier du vigneron, cet accomplissement humain calqué sur le rythme des saisons consistant à cultiver cette plante si noble pour en obtenir le fruit sacré et à le transformer, à le valoriser en une boisson divine procurant du plaisir aux clients de mon grand-père qui remplissait le coffre de leur voiture, sourire aux lèvres.

Produire le plus beau raisin possible

La consécration pour moi restera toujours la période des vendanges. Ce jour tant attendu des premiers coups de sécateurs et de la rentrée des raisins, curieux de ce qu’il se passait à cet instant précis dans les cuves, bercé par les sons et les odeurs qui en émanaient. Ce fut pour moi une révélation, je voulais tout savoir, tout comprendre.

Quelques années plus tard, j’ai obtenu une licence des sciences de la vigne pour être en mesure de produire le plus beau raisin possible et, à l’âge de 24 ans, je jurais solennellement d’être fidèle au serment des onze commandements de l’œnologue, comme l’avait fait mon grand-père en 1955.

Perpétuer une tradition

Entre la volonté de perpétuer une tradition forte et celle de transmettre ma passion aux autres vinificateurs, je partage ma vie entre la production à la propriété familiale et le conseil œnologique au Canada. Le paysan en moi souhaite mettre à profit ses connaissances au service du vin, pour le plus grand plaisir de celui qui sait l’apprécier. Mon rôle consiste à tout mettre en œuvre pour obtenir, selon les règles en vigueur, le meilleur vin possible, un vin « santé » et de plaisir. S’assurer d’offrir au consommateur le meilleur du producteur selon un code d’éthique fort dans une intégrité totale, telle est ma responsabilité.

Le mystère ou la magie derrière la bouteille n’existe plus quand je suis en mode professionnel. Toutefois, au-delà de mon métier, je suis épicurien; l’œnologue en moi sait rester à sa place quand il s’agit de partager un beau flacon et se laisser porter simplement par le plaisir, sans chercher à décortiquer systématiquement le breuvage.

Il y a un temps pour tout, l’homme et l’œnologue ne sont jamais bien loin chez moi face au vin et, marchant côte à côte, ils se retrouvent toujours. Intransigeant vis-à-vis des règles ou des défauts, certes, mais toujours sensible aux émotions et aux énergies que certains vins me procurent. C’est ainsi que je vous ferai partager mes commentaires de dégustation…

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